lettres à Gérard, volume I, le 13 janvier 2006
correspondance virtuelle avec ce bon vieux crétin de Gérard Ducon


Salut Ducon,

Et puis bonne année à toi, mon gars… ça fait une paye dis-donc, qu'est-ce que tu deviens ? Je t'écris parce que j'ai entendu parler d'un truc qui va te plaire.
Je ne sais pas si tu t'intéresses à la politique, mais tout ce qui touche à la connerie de près ou de loin ne t'étais pas étranger. Et en parlant d'étranger, puisque tu es un ardent défenseur de l'ordre national, je m'en viens te parler du désir de notre Ministre de l'Intérieur de créer une réserve citoyenne de police nationale. ça va te plaire à toi Ducon, de mener selon sa propre formule une "lutte résolue contre les bandes". ça va te plaire à toi mon Gérard, de prendre sur ton temps libre pour jouer à la flicaille. ça rime avec racaille, toi qui adores la poésie…
L'escalade de la haine se fait chaque jour un peu plus perceptible, alors le Monsieur prévoit doucement les outils de la future guerre civile. C'est pas le tout de vendre des armes aux indigènes pour que les lointains conflits entretiennent nos belles économies occidentales. Il faut aussi se préparer à nos petites gueguerres à nous. Il y a déjà des milices aux Etats-Unis, les Anglais ont leurs patrouilles civiles, il ne faudrait pas que notre belle France soit trop à la traine. Ce Monsieur m'épuise, si tu
savais : j'aimerais que mes petites bafouilles soient plus légères, qu'elles s'éloignent du terrain politique. Mais il est si inspiré que ça en devient contagieux.
Exemple de l'inspiration du Monsieur : il a admis l'autre jour que le sentiment d'insécurité est souvent disproportionné par rapport aux faits. Tu te rends compte Ducon. Quel talent! Quel cynisme! S'attaquer ainsi à son propre fonds de commerce. Il disait ça à propos de l'attaque du train dans la nuit du réveillon. Au final, seulement trois plaintes, trois victimes officielles. Attention Ducon, je dis pas que c'est pas grave. Mais qui a parlé de tentatives de viol sans savoir absolument rien de la réalité ? Pas les journalistes, Ducon, mais notre Ministre! Heureusement, dès cette année, il va créer une police ferroviaire de 2500 fonctionnaires. Dans les autres administrations, on ne remplace plus ceux qui partent à la retraite, partout on nous dit que c'est la dèche, mais quand c'est pour des flics ya toujours du pognon, surtout maintenant qu'on va en chercher dans le civil. Alors Ducon, tu t'engages ?
Avant, on entendait qu'il nous faudrait une bonne guerre. Ben lui il est juste plus malin que les autres, il va la provoquer. Puisque je te dis qu'il est parfois inspiré, écoute-le encore :"Ma conviction, c’est qu’une identité humiliée est une identité qui se radicalise." Tu vois Ducon, il est pas bete quand meme, il a cette sorte de grande lucidité sur la détresse humaine. Quand il dit à Clichy, contrairement à tous les rapports de police, que les deux jeunes qui sont morts n'étaient pas poursuivis, il le sait qu'il est détestable et détesté. Il le sait que ses "racailles" et ses "Karcher" sont humiliants et alimentent aussi surement les haines d'aujourd'hui que les conflits de demain… Il le sait, mais son petit jeu l'amuse. Bientôt, il reprendra la partie avec Cécilia de retour, il avancera le pion "racaille", elle jouera sa carte "milice", il sortira son joker "réveillon dans le train", mais elle l'achèvera d'un coup de "police ferroviaire". Elle est trop forte, alors il ira se coucher en cherchant quelle carte il pourra inventer le lendemain.
Et elle ira se coucher… avec un autre! Comment lui en vouloir?


un arnonyme écoeuré
Toulouse, le 05 décembre 2005 les nouvelles nouvelles
Kenavo !
lettre ouverte à Ronan
Salut Ronan !
Comment ça va depuis cet été ? Ah, cet été… Tu te souviens, on t'appelais Conan pour
déconner, on jouait au frisbee, on poussait la chansonnette, on mangeait du melon chaud…
Tu nous as même préparé d'authentiques galettes bretonnes, et tu dégageais un érotisme
torride à ta seule façon d'en préparer la pâte.
Faut dire que vous les Bretons, vous savez vous amuser. Ah, l'effervescence contagieuse des
fest-noz, la beauté sauvage de la côte, le goût inimitable de votre cidre, de l'hydromel, et puis
cette petite bière qu'on fabrique du côté de Morlaix. Comment s'appelle-t-elle déjà ? Tu dois
bien savoir ça, toi, mon cher Ronan…
Et ouais… Tout est bon dans l'breton ! Mais dis moi Ronan, il y a quand même ce petit
Thierry qui vous fait une bien mauvaise pub… Il faut dire qu'un Ministre de l'Economie et des
Finances anciennement abonné aux Conseils d'Administration des plus grandes
multinationales françaises, c'est pas banal. Après tout, comment lui en vouloir d'aider de
temps en temps les copains. On fait tous un peu ça, hein, Ronan ?
Enfin, il doit être content notre Thierry Breton. C'est le Trésor Public, c'est-à-dire son
Ministère, qui devrait encaisser les 534 millions d'euros d'amende que sont condamnés à
verser les trois grands opérateurs de téléphonie mobile. Ben ouais Ronan, ils s'étaient mis
d'accord sur les tarifs pour se partager tranquillement les parts de marché. C'est pas très
sympa quand même… L'un de leurs responsables a jugé que cette sanction était "susceptible
d'affecter gravement la confiance des clients". C'est pas une bonne blague, ça ? Quand on
voit l'humour de ces gens-là, Ronan, on se dit qu'on n'a pas fini de s'marrer…
Le plus drôle dans l'histoire, c'est que si les clients se sont fait escroquer, ce sont eux aussi qui
régleront l'addition, d'une manière ou d'une autre. Aucun responsable n'a été condamné, on
nous dit que la sanction est exemplaire, mais on oublie de préciser que ce sont les victimes
qui vont payer le préjudice qu'elles ont subi. Qu'en penses-tu Ronan ? N'est-ce pas d'une
ironie géniale et raffinée ?
Et si tu veux encore te marrer, tu dois savoir que Thierry Breton a aussi été PDG de France
Télécom et Président du Conseil d'Administration d'Orange. Mais tu penses bien que c'était
après ces petits arrangements entre amis, et il n'a évidemment ni participé ni été informé de
ces manoeuvres. Et puis si d'autres ont pris des notes de travail douteuses pendant des
réunions auxquelles il participait, c'est peut-être sur des sujets auxquels il n'a pas prêté
attention. Il faut savoir que ces gens sont surchargés et ne peuvent pas s'intéresser à tout. Il
peut leur arriver de s'assoupir au moment de prendre des décisions importantes.
Au journal, je viens d'entendre un reportage angoissé et angoissant sur l'enlèvement supposé
d'une enfant… qui jouait en fait chez les voisins ! Ouf, l'histoire fini bien. Et heureusement,
on envisage de punir ces mêmes voisins pour avoir laissé les enfants s'amuser. On pourrait
par exemple leur retirer les allocations familiales, c'est une idée à la mode.
J'espère que pour toi Ronan la vie s'écoule doucement, et que tu n'as pas trop peur de tout ce
qui se mijote autour de nous. Même si je suis pas très rassuré par l'avenir glorieux qu'on se
prépare, il vaut mieux rire de ces petites supercheries tant que c'est encore autorisé. Pas sûr
que ça dure encore très longtemps.
Fais gaffe quand même en attendant,
je t'embrasse,
Ach, No !
* 1- aller vite sur http://www.google.com
* 2- taper le mot " Failure " :lorsque cela concerne une personne, cela veut dire "un raté"
*
3- au lieu de cliquer sur "recherche Google" cliquer sur "j'ai de la chance"
*
4- ne pas ricaner trop haut...
* 5- faire circuler le mot avant que les gars de chez Google ne réagissent en réglant le "problème"

(merci Sandrine!)
les nouvelles nouvelles
chroniques très personnelles à vocations et parutions aléatoires
Toulouse, le 29 novembre 2005 les nouvelles nouvelles
Bis repetita…
Pour la première fois, les nouvelles nouvelles viennent parler… des nouvelles nouvelles !
Ça n'est pourtant ni le signe d'une soudaine reconnaissance, ni celui d'une maturité chèrement acquise, ni même celui d'une autosatisfaction autosatisfaite. Mais juste l'indice inquiétant que quand un drame se répète, il est en général bien plus grave que l'original.
Le 8 mai dernier, ma petite bafouille s'inquiétait du fait que nos représentants continuaient de refuser de reconnaître officiellement une manifestation réprimée en 1945 en Algérie dans un bain de sang, tandis qu'un article de la loi du 23 février 2005 instituait le "rôle positif" du passé colonial français.
Oui mais voilà, ce n'était qu'un article parmi tant d'autres, le sujet avait fait débat et même
scandale, et aujourd'hui l'Assemblée devait laver l'affront en étudiant un projet de loi visant à abroger cet article. C'était évident, on allait plaider la précipitation pour justifier qu'une formule aussi absurde ait pu être validée par notre glorieuse élite. Des députés de la majorité reconnaissaient que c'était exagéré et maladroit. L'incident serait clos, si, si, et tout irait pour
le mieux dans le meilleur des mondes. Mais là où on aurait pu justifier qu'une formule malheureuse ait pu se glisser dans une loi qui compte quand même un paquet d'articles, on a finalement atteint des sommets de négationnisme gouvernemental. D'une part parce qu'il s'agissait bien aujourd'hui de n'étudier que cette partie du texte, et qu'on ne peut donc plus plaider la maladresse. D'autre part parce que la proposition n'a finalement même pas été étudiée : 183 voix contre 94 ont refusé d'examiner cet article de loi. Cette attitude, qui semble élever notre démocratie au niveau de celle du Turkménistan, recèle au moins trois catastrophes. D'abord, celle qu'une loi négationniste est cette fois pleinement assumée et acceptée par nos dirigeants, jusqu'à la méthode qui refuse d'envisager le point de vue des contestataires. Ensuite, et c'est lié, on assiste à une véritable injonction du pouvoir sur le terrain de tous ceux, chercheurs, enseignants ou historiens, dont le travail consiste à établir une vérité objective. Comme si l'Histoire se décrétait à coups de textes de loi. Enfin, c'est évidemment une provocation et une insulte faites aux populations et aux territoires colonisés, ainsi qu'aux Français qui y trouvent leurs origines. Alors que le pays est
toujours placé sous le signe du couvre-feu, on appréciera ce signe subtil en faveur de la tolérance et de l'ouverture d'esprit. Et les pleurnicheurs du racisme anti-blanc pourront tourner sept fois la langue dans leur bouche avant de se demander pourquoi les français
d'origine étrangère rejettent une nation qui les accueille si généreusement. Aujourd'hui toujours, Jean-Marie Le Pen a renouvelé à la BBC ses déclarations sur le fait que les chambres à gaz aient été un "détail" de l'histoire. 20 ans déjà qu'il avait tenu ces propos en France, ce qui lui avait valu à l'époque une importante sanction financière. Aujourd'hui, on ne sait même plus si une telle sanction serait encore envisageable ou si elle deviendrait plutôt
ridicule, au regard du révisionnisme qui s'empare de nos textes de loi. Pour finir, j'ai préféré oublier le nom du député qui, toujours au sujet des banlieues, critiquait ces jeunes qui n'avaient pas choisi leur nationalité. Parce que toi, connard, tu l'as choisi de naître du côté des nantis, peut-être ?
Ayé, j'deviens grossier, faut que j'm'arrête…
Ach, No !

les nouvelles nouvelles
chroniques très personnelles à vocations et parutions aléatoires

Toulouse, le 07 novembre 2005

Cliché sous bois
Le Roi de France, qui ne promène jamais ses guêtres là où il pourrait les tâcher, s'en allait vers
Strasbourg inaugurer le Centre Européen du Résistant Déporté. Ignorant les émeutes qui
embrasent son Royaume, sa Majesté s'attache à une noble cause, et balaye au passage les
tristes similitudes qui rapprochent le passé du présent. Oui, bien sûr, le travail de mémoire est
nécessaire, mais comme le dit à-peu-près-tout-le-monde-en-coeur, "pour que ça n'arrive plus
jamais".
Il est émouvant, notre Roi de France, à évoquer le triste souvenir de la Shoah en visant "ceux
qui prônent en France et dans le monde la haine, le racisme, l'antisémitisme, l'intolérance".
Oui, il est émouvant, à brandir la mémoire comme paravent de bonne conscience, et tant pis
si ça vous laisse des grosses traînées de merde dans les yeux (ayé, chui grossier). Y doit pas
lire le journal, y doit pas voir les infos, y doit zapper d'Eurosport à l'Equipe TV pour chercher
un sportif à féliciter, enveloppé d'un drapeau bleu-blanc-rouge.
Tandis qu'une crise nationale se propage à travers le royaume comme une traînée de poudre,
sa Majesté ne brille pas seulement par son absence, mais plutôt par ses petits calculs
personnels et un égocentrisme qui incarnent plus que jamais la monarchie des temps
modernes. Plus rapide qu'un appareil photo pour tomber dans le cliché, il manie comme nul
autre la langue de (sous) bois.
Oui mais voilà, dans ces sous-bois la banlieue brûle, et dans le rôle du pompier pyromane, le
Premier Flic du Royaume ravive la flamme à grands coups de Kärcher.
Peu importe le sort des banlieues et de leurs habitants, ils iront toujours se faire foutre sur
l'autel des rêves de pouvoir et des stratégies politiciennes. L'essentiel est ailleurs : attiser les
haines, entretenir les peurs, élever le débat national au ras des pâquerettes, au niveau d'une
insécurité qu'on passe plus d'énergie à entretenir qu'à prévenir. Et avec eux la charmante
perspective des poussées extrémistes. "Pour que ça n'arrive plus jamais", qu'ils disaient…
Au dixième jour des émeutes, sans doute sur les conseils d'un de ses experts en
communication, sa Majesté a lâché son cliché du week-end : "ceux qui veulent semer la
terreur seront appréhendés, jugés et punis". Si seulement il pouvait dire vrai, ça nous ferait
quelques ministres derrière les barreaux.
Tout doucement, le fossé des inégalités rejoint celui du mépris grandissant de nos dirigeants
pour leurs dirigés.
Allez, creuse, creuse encore, petit fossé… Encore un effort, et on touche le fond.

Ach, No !


On nous a fait passer ça:

"Quand on est venu arrêter les catholiques, je n'ai rien dit, parce que je
n'étais pas catholique. Quand on est venu arrêter les juifs, je n'ai rien
dit parce que je n'étais pas juif. Quand on est venu arrêter les
communistes, je n'ai rien dit parce que je n'étais pas communiste. Quand on
est venu arrêter les socialistes, je n'ai rien dit parce que je n'étais pas
socialiste. Quand on est venu me chercher, il n'y avait plus personne pour
me défendre."     Pasteur allemand Niemöller
========================================================
 
Notre tour viendra,
notre tour est venu !
 
Né à Montreuil le 4 février 1937 et demeurant depuis trois ans à Bagnolet
dans le 93, je me dois de porter à l'attention de mes concitoyens les faits
suivants, dont j'ai été témoin et victime :
 
Le Mardi 11 octobre, j'ai été mis au courant par des voisins de l'expulsion
des familles ivoiriennes habitant 2, passage du Gazomètre à Montreuil. Ma
femme et moi, nous sommes rendus immédiatement sur les lieux pour leur
porter assistance. Il a été décidé avec les familles et les personnes
solidaires d'aller occuper la Maison de quartier Lounes Matoub, 4-6, place
de la République à Montreuil, pour abriter les familles et les enfants ainsi
que leurs affaires et ainsi interpeller la Mairie de Montreuil sur la
nécessité de leur relogement. Un grand mouvement de solidarité s'est déployé
de la part des habitants de la commune et des environs.
 
Dans l'après-midi, un membre du cabinet du Maire est venu à la rencontre des
familles, leur proposant 3 jours d'hébergement en hôtels sur le département
ou dans d'autres banlieues lointaines. Alors que leurs enfants sont
scolarisés sur Montreuil. Les familles ont refusé la proposition estimant
que leur situation resterait précaire. Le représentant de la mairie les a
très clairement menacés d'une intervention policière afin de nous évacuer.
Dans cette éventualité, les familles et les soutiens ont décidé de se
barricader dans la salle d'activité de la Maison de quartier.
 
L'intervention commença vers 20 heures quand, à coup de bélier, les CRS
défoncèrent la porte. Alors que nous nous tenions un peu en retrait en
scandant des slogans contre les expulsions, ils nous encerclèrent et, après
avoir renversé, jeté en l'air les sacs des familles, les tables du Centre et
la nourriture qui s'y trouvait, ils ont commencé à nous repousser vers la
sortie. Inquiets pour les femmes et les enfants qui s'étaient réfugiés dans
la cuisine, porte fermée, nous avons résisté sans violence en nous mettant
en chaîne afin d'être témoin de leur sort, vu la violence de l'intervention.
En vain.
 
J'ai été projeté à terre et piétiné. J'ai eu beaucoup de mal à me relever.
Pour activer le mouvement, un CRS a levé sa matraque, mais un gradé lui a
fait signe de ne pas frapper. Il m'a dit : " Ça va, Monsieur ? " puis il m'a
pris par le bras et m'a dirigé vers la porte tandis que mes compagnons
étaient évacués très brutalement vers la cour, les uns après les autres ou
par petits groupes.
 
Je me trouvais isolé et un des derniers.
J'ai été poussé dans la cour entre deux rangs de CRS. À mi-distance de la
grille, j'ai essayé de parler au commissaire que j'avais vu le matin
procéder à l'évacuation du passage du Gazomètre pour lui rappeler la
présence d'enfants dans le local.
 
Il m'a dit : " C'est ça, c'est ça. Dégage ! "
J'ai aussitôt tourné les talons, c'est alors que j'ai reçu un coup de poing
sur le nez et un violent coup de matraque sur le côté gauche de la tête. Je
suis tombé à la renverse sur des grilles renversées. On m'a relevé, la tête
en sang et j'ai dû perdre momentanément conscience.
J'ai été soutenu par deux personnes qui m'ont emmené m'asseoir au café le
plus proche où l'on a épongé le sang qui m'aveuglait et appelé les pompiers
qui m'ont emmené à l'Hôpital de Montreuil avec ma femme.
 
Premier bilan : une côte cassée, la paupière gauche recousue, fractures du
nez et multiples.
 
 
Tout ça ne serait pas grave.
Et pourtant !
Si je porte plainte, les instances du Ministère de l'Intérieur se
retourneront contre moi. On pourra prouver que moi, homme à cheveux blancs
âgé de 68 ans et invalide à 80 %, j'ai sauvagement agressé d'honnêtes
gardiens de la paix dans l'exercice de leur devoir. Un travail comme un
autre. Au point que certains d'entre eux bénéficieront probablement d'arrêts
de travail pour l'occasion.
 
Pour ma défense, en garantie de moralité, je ne pourrais que faire état de
ma douteuse qualité de cinéaste et écrivain, mentionnant, entre autres
travaux, ma modeste contribution à Dupont-Lajoie l'un des films qui attira l
'attention de mes concitoyens sur la recrudescence du racisme dans la doulce
France. De toute façon, cela ne pourrait avoir qu'un faible impact : les
machines à décerveler étant aux mains du Pouvoir, celui-ci sera vite digéré.
Aussi prenez garde.
 
 
En 1942, après avoir traqué les Juifs, la police française s'en était pris
aux autres. En 2005, après les personnes à la peau bronzée, viendra notre
tour. Faut-il absolument que la farce sinistre se répète ?
Mais c'est déjà commencé, je crois vous l'avoir montré.
 
Rappelons-nous toujours les mots du pasteur allemand Niemöller :
 
" Quand on est venu arrêter les catholiques, je n'ai rien dit, parce que je
n'étais pas catholique. Quand on est venu arrêter les juifs, je n'ai rien
dit parce que je n'étais pas juif. Quand on est venu arrêter les
communistes, je n'ai rien dit parce que je n'étais pas communiste. Quand on
est venu arrêter les socialistes, je n'ai rien dit parce que je n'étais pas
socialiste. Quand on est venu me chercher, il n'y avait plus personne pour
me défendre. "
 
 
Pour notre ministre de l'Intérieur, fils d'émigré de fraîche date, il n'est
pas bon être étranger. Chaque semaine, de nouveaux charters s'envolent à
tire-d'aile pour évacuer Africains, Maghrébins, Skri-lankais et autres
sujets à peau bronzée. Pour l'adepte du Karcher, qu'importe si ceux qui
restent vivent avec leurs enfants dans la terreur, dans l'angoisse d'une
rafle et à la merci d'employeurs indélicats. Nous attendons l'aurore d'une
nouvelle Résistance. Quelques Français se sont déjà levés. Ils savent que s'
ils ne font pas, ce pourrait être bientôt leur tour.
Ça l'est déjà.
 
 
Jean-Pierre Bastid
 
 


MONSIEUR LE DIRECTEUR A LA KAV le SAM 05 NOVEMBRE!
1ère PARTIE: XAV'


les nouvelles nouvelles
chroniques très personnelles à vocations et parutions aléatoires

Arles, le 12 septembre 2005

l'année du Brésil

2005, l'année du Brésil. Les rythmes endiablés, les danses enflammées débarquent en France.
Manque de bol, la chaleur de ces flammes s'est propagée récemment dans quelques squats
parisiens. Depuis le début de l'année, ces sinistres ont fait 48 victimes, dont la moitié en août
pour les deux derniers en date.
Notre Ministre de l'Intérieur, lui, ne perd jamais une occasion de jouer avec le feu. Après
avoir déclaré les pompiers ininflammables, il a décidé d'éteindre les incendies parisiens à
grands coups de Kärcher. Et c'est ainsi qu'on a procédé à l'expulsion de deux squats le jour
même de la rentrée scolaire.
Avec un cynisme très gouvernemental, on profite de la vague provoquée par ces drames tout
frais pour exclure un peu plus ceux qui n'ont déjà presque rien. Et pour brosser gentiment un
certain électorat dans le sens du poil, on déplace un problème à défaut de le régler. Sans
oublier d'assurer le spectacle, en invitant les équipes de TF1 et RTL à couvrir l'événement. A
quand les retransmissions en direct ?
Ironie du sort, l'un de ces squats se situait rue de la Fraternité. Leurs habitants devaient être
relogés dans quelques mois. Ils venaient d'installer une deuxième issue de secours, des
extincteurs, avaient instaurés des tours de garde la nuit et même organisé un exercice
d'évacuation la semaine précédent leur expulsion. De l'avis général, leur squat était l'un des
mieux entretenus de la capitale. Hélas pour eux, le marchand de biens propriétaire du lieu
était impatient d'encaisser sa plus-value. Et la France d'en bas a décidément bien du mal à
lutter contre la France qui gagne. Surtout celle qui gagne des dividendes.
Pour lutter contre le problème du logement, le Premier Ministre a quant à lui sollicité la
création de 5000 logements, confiés à la Sonacotra. Livraison prévue le 31 mars prochain.
Mais de l'avis même des responsables de cette entreprise, ce délai ne permettra rien d'autre
que l'alignement de préfabriqués dans des friches industrielles. Et avec eux la charmante
perspective de ghettos programmés. On avait pas parlé d'une loi de cohésion sociale ?
Excusez moi, j'ai dû mal comprendre…
Pour l'instant, les expulsés sont logés dans des hôtels de la grande banlieue. Il n'y a parmi eux
aucun clandestin, tous sont en situation régulière ou régularisable. En général, ils travaillent
de nuit à Paris à faire les métiers dont personne ne veut : ménages, nettoyage du métro ou
ramassage des poubelles. Des fonctions qu'ils ne pourront plus assumer en habitant à l'écart
de la ville. Pas plus que leurs enfants n'ont pu aller à l'école ce 2 septembre, s'éloignant de
leur quartier et des établissements où ils étaient inscrits au fil d'une promenade dans des cars
de CRS.
Dans quelques semaines, on fermera à ces gens la porte de leurs hôtels. Parions qu'il n'y aura
cette fois personne de TF1 ni de RTL pour parler de ces mises à la rue. Et pour fêter l'année du
Brésil avec un subtil sens du détail et de la mise en scène, on verra bientôt pousser des favelas
dans la banlieue parisienne.
Et pour l'année de l'Afrique du Sud, on relance l'Apartheid ?
Exotisme, quand tu nous tiens…

Ach, No !
Souvenirs du passage de GADJO, à la Daurade, à Toulouse, et à l'Auberge des Traouquès, à Montfa, en Ariège. Merci à tous. A la prochaine...
 
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